Veille scientifique

Une étude à la carte : conception de plats à partir d’images

Une étude Française s’est intéressée à la composition de plats, et a pour cela demandé aux 120 participants de concevoir des plats principaux à partir de 20 images. La particularité de cet exercice résidait dans le choix proposé : 4 groupes d’aliments étaient présentés (féculents, légumineuses, viande* et légumes), et les participants devaient composer un plat avec trois images, dont l’ordre était noté. En plus de cette contrainte, des consignes étaient données sur le contexte de la prise alimentaire parmi 6, avec : repas à la maison, repas au self à la cantine, repas gastronomique, repas économique, repas végétarien et enfin repas pour inviter les nouveaux voisins.

Les informations ont permis d’identifier que la viande était le premier produit alimentaire choisi, ce qui indique que la construction de repas par des consommateurs non-végétariens se fait autour de ce groupe de produits, présent dans 80 % des scénarios. Le choix le plus commun était l’association viande – féculents – légumes. Les profils des consommateurs ont aussi eu une importance, les hommes choisissant de la viande plus souvent, tout comme les personnes ayant plus de 40 ans. Les personnes ayant un niveau d’éducation plus haut ont eu tendance à choisir plus de légumineuses et moins de viande.

Les féculents et légumineuses étaient plus choisis dans le scénario avec un petit budget, les participants n’associant pourtant pas les deux très souvent, les légumineuses étant plus souvent associées avec la viande en général. Pour augmenter la consommation de légumineuses, une meilleure communication sur leurs bénéfices santé et leurs prix bas, avec des exemples d’associations avec les féculents et une adaptation au profil des consommateurs seraient sans doute bénéfiques.

 

* Le groupe viande regroupe la viande, la volaille, les poissons et les œufs.

 

Source :

Résidus de pesticides dans l’Union Européenne : quels sont les résultats du rapport de l’EFSA ?

Le 26 mai dernier, le rapport annuel de l’UE sur les résidus de pesticides (en anglais) a été publié. Les tests ont été menés en 2017 dans les pays membres de l’UE ainsi que l’Islande et la Norvège, sur des produits venant du monde entier. Sur les 84 627 échantillons analysés, 95.9 % étaient conformes à la législation, et 54.1 % des échantillons n’avaient pas de résidus quantifiables.

pesticidesSi ces chiffres ont piqué votre curiosité, l’EFSA a réalisé un outil de visualisation graphique des données, qui sont représentées sous formes de bulles. Les résultats sont disponibles par aliment et par pays. Par exemple pour les pommes de terre, 66.3 % des échantillons ont un taux de pesticides inférieur à la Limite de Quantification (LQ), 31.9 % ont un taux de pesticides entre LQ et la Limite Maximale de Résidus (LMR) et 1.8 % des échantillons ont un taux supérieur à la LMR.

Le rapport conclut que la probabilité qu’un citoyen de l’UE ait des effets négatifs sur sa santé à cause des pesticides est faible.

Sources :

  • EFSA (European Food Safety Authority), 2019. Scientic report on the 2017 European Union report on pesticide residues

 in food. EFSA Journal 2019;17(6):5743, 152 pp. https://doi.org/10.2903/j.efsa.2019.5743 

Le nudge revient au menu !

Dans une brève précédente, nous avions déjà parlé du nudge, ce fameux effet « coup de coude », visant à influencer le comportement d’une personne dans une certaine direction, pour son bien, sans qu’elle en soit activement consciente. Cette fois-ci, nous nous intéressons à son action dans le temps, à savoir l’efficacité du nudge en fonction du moment où il est réalisé.

Une étude américaine s’est concentrée sur cette question, avec comme nudge pour manger plus sain une image de panier de fruits et légumes. Des participantes ont reçu sur une feuille pliée en deux un des trois menus suivant : un menu avec le nudge sur la première page, un autre où le nudge était au milieu du menu – et donc aussi au milieu du choix des aliments, et un menu contrôle, sans nudge. A partir de leur menu, les participantes devaient indiquer ce qu’elles choisiraient en plat, boisson et dessert. Pour chaque catégorie, quatre options étaient proposées, deux saines et deux moins saines. En plus de ces paramètres, les chercheurs ont donné des questionnaires aux participantes, demandant par exemple la fréquence à laquelle elles faisaient des régimes, pour identifier les personnes qui se restreignent lors de la consommation alimentaire.

Les résultats ont montré que les participantes tendaient à faire des choix plus sains quand le nudge était placé en première page du menu, et que cette réponse était encore plus forte chez celles se restreignant. Pour expliquer la différence d’efficacité du nudge en fonction de son emplacement, les chercheurs émettent l’hypothèse que les personnes ont eu plus de temps pour analyser l’information, et qu’isoler le nudge sur la première page permettait de ne pas le noyer au milieu d’autres informations.

Ainsi, cette étude donne un outil de plus pour implémenter des nudges efficaces visant à la consommation de nourriture plus saine.

Source :

L’agriculture biologique, en chiffres et en images

Le ministère de l’agriculture et de l’alimentation a publié une infographie à partir des chiffres de l’Agence Bio de 2018.

Cette vue d’ensemble met en avant l’augmentation de 17% de la surface cultivée en agriculture biologique depuis 2017 et les 155 347 emplois directs liés au travail sur les 41 600 exploitations engagées. Le secteur des bovins représente 20 % des fermes en bio, suivi de près par la viticulture avec 18 %.

La France est le second marché européen pour la bio, où 69 % des produits consommés proviennent de l’hexagone. Cette part représente jusqu’à 99% pour les œufs, la viande, les vins et l’alcool.

Agriculture.gouv_infographie_agriculturebiologique

Source :

 

Et si un régime durable propre à chaque pays pouvait être estimé par un algorithme ?

C’est le défi que se sont lancé Abhishek Chaudhary et Vaibhav Krishna, pour 152 pays.

Pour créer un régime, une base de données a été choisie comportant 221 produits alimentaires, complétée avec leurs 29 macronutriments et micronutriments. Lors de l’analyse, des contraintes ont été appliquées, telles que des limites d’apport minimal et maximal pour certains produits alimentaires, ainsi qu’un apport journalier en calories compris entre 2300 et 3200 kcal. Concernant l’environnement, 5 paramètres ont été choisis, à savoir les émissions de carbone, l’eau et le territoire utilisé, et les besoins en azote et en phosphore relatifs à la production des produits alimentaires. L’acceptabilité du régime a été paramétrée pour respecter une certaine diversité dans les produits consommés, rester raisonnablement proche des régimes habituels, ne pas ajouter des aliments dans des régimes où ils sont habituellement interdits ou absents, et maintenir les consommations d’alcool, d’épices, de café et de thé aux mêmes niveaux.

Les recommandations générales générées par l’algorithme poussent à une diminution des apports en viande, en produits laitiers, en riz et en sucre, alors qu’elles encouragent la consommation de fruits, de légumes, de légumineuses, de graines et noix. Ce régime est proche de celui suivi en Iran, en Turquie et en Israël, qui ont donc peu de changements à faire. Le régime pousse parfois à faire des compromis : par exemple il est recommandé fortement à certains pays d’augmenter leur consommation de fruits et légumes, ce qui augmente l’empreinte écologique. La mise en place de ces recommandations conduirait théoriquement à la diminution de 32 % des émissions de gaz à effets de serre. Il est intéressant de noter que les défis nutritionnels se situent autour de l’apport en fibres, en vitamine B12, vitamine E et acides gras saturés, alors que les défis d’ordres environnementaux sont liés à l’azote et au carbone.

La discussion se veut prudente, car certains biais n’ont pu être écartés, néanmoins la conclusion met en valeur qu’une optimisation non-linéaire permet de prendre en compte de nombreux facteurs pour construire des régimes plus durables, et que cela représente un champ de recherche à explorer.

 

Source :

Quel lien peut-il y avoir entre les intoxications alimentaires et le changement climatique ?

L’agence de la santé publique du Canada a récemment publié un article sur les risques d’infections alimentaires liées au réchauffement climatique. En effet, au Canada et comme dans de nombreux autres pays, la température de l’air, de l’eau et le taux de précipitations sont appelés à connaitre une élévation. Pour les agents pathogènes, cela est souvent synonyme de meilleur taux de croissance, d’une augmentation de leur zone géographique viable et de leur taux de survie.

Pour l’environnement, cela est problématique de plusieurs façons. Pour commencer, un animal stressé peut libérer davantage d’agents pathogènes entériques. Puis, si la zone géographique des agents pathogènes s’agrandit avec le réchauffement climatique, celle des animaux les transportant aussi : rongeurs et insectes sont susceptibles de transférer et contaminer des poulets avec Campylobacter, tandis Vibrio peut se déplacer grâce aux phytoplanctons, zéoplanctons et copépodes dans l’eau, et infecter des huîtres. Enfin, l’environnement lui-même peut permettre le déplacement des agents pathogènes, lors de fortes précipitations.

Dans la vie courante, un été chaud et long rime parfois avec des aliments que l’on garde dehors un peu trop longtemps (mauvais refroidissement), réchauffe peu (mauvaise cuisson), et manipule de façon inadéquate, augmentant les risques de contamination croisée et de prolifération des agents pathogènes. De plus, la consommation de légumes et de fruits frais augmente aussi, ce qui est lié à la multiplication des cas d’intoxications alimentaires.

En étudiant les 5 agents pathogènes les plus communs au Canada, tous sont appelés à bénéficier du réchauffement climatique, excepté Clostridium Perfringens. D’autres pathogènes seront peut-être prochainement dans ce classement tels que Vibrio, les mycotoxines pour le blé et le maïs, ou encore une souche microbienne résistante aux antibiotiques. Une approche multidisciplinaire est favorisée pour aborder ces défis, avec une attention particulière aux modèles mathématiques pour anticiper et modéliser les futurs phénomènes.

Source :

Effet nudge à la cantine : une solution efficace pour inciter les enfants à manger plus de fruits ?

La question de la nutrition chez les enfants est un enjeu majeur, et de nombreuses recommandations sont émises à ce sujet, que ce soit au niveau national avec les campagnes manger.bouger.fr, le PNNS ou encore international avec l’OMS. Pourtant, augmenter les apports en fruits et légumes relève parfois du défi : comment le faire en douceur ?

Une étude Britannique ouvre la voie vers une méthode simple à mettre en place, peu coûteuse et efficace, en utilisant l’effet nudge. Nudge, en anglais signifie « coup de coude », et indique l’action d’influencer le comportement d’une personne dans une certaine direction, pour son bien, sans qu’elle en soit activement consciente. L’étude inclut quatre écoles primaires, et cinq changements ont été effectués pour augmenter la consommation de fruits et légumes. Pour commencer des posters porteurs de messages positifs autour de la consommation de fruits et légumes ont été affichés, puis des noms attractifs et un peu farfelus pour attirer l’attention ont été trouvés : les brocolis sont ainsi devenus des « Brocoli arbre dinosaure ». Les étiquettes des portions ont aussi été modifiées en ajoutant des personnages de bandes dessinées. Les fruits entiers ont été remplacés par des fruits coupés, mis en avant sur un support pour gâteaux, et pour finir, les fruits et légumes étaient proposés avant les autres éléments du repas.

Les résultats montrent que les enfants n’ont pas consommé plus de légumes, mais ont consommé davantage de fruits, de vitamine C et de fibres. Cependant, cette augmentation concerne surtout les enfants qui mangeaient déjà des fruits, et non les autres.

Ainsi, l’effet nudge semble être une piste intéressante pour encourager les enfants à manger plus de fruits à la cantine, parmi un ensemble d’actions.

Source :

Transition de l’agriculture vers la durabilité à Belle-Ile-en-Mer : retour sur un projet soutenu par l’Institut Olga Triballat

En 2016, Belle-Ile-en-Mer possédait 36 exploitations dont 9 en agriculture biologique. L’agriculture insulaire était dominée par l’élevage, des filières comprenant de nombreux intermédiaires, et de multiples échanges avec le continent. Ainsi, des intrants étaient importés comme beaucoup d’autres produits, alors que le lait était exporté brut sur le continent. Une volonté et un besoin fort ont été identifiés par les porteurs du projet pour favoriser l’intercompréhension des différents acteurs. C’est dans ce contexte que le projet a pris place, et les objectifs atteints ont été multiples.

Le PAEC (Projet Agro-Environnemental et Climatique) a été accompagné, ce qui a permis une prise de conscience du besoin de protéger l’origine des productions agricoles belliloises. La question du foncier sur l’île a été largement abordée, permettant la création d’une réserve foncière. Par ailleurs, le diagnostic agri-alimentaire, toujours en cours, pourra enrichir cette démarche foncière. Il y a eu des avancées concernant la transformation locale des productions, surtout concernant la filière laitière, avec un chantier qui devrait débuter au cours du premier semestre 2020. Du côté de l’atelier de découpe et transformation, une prise de conscience et une mobilisation ont été observées, mais un temps de maturation plus long est nécessaire. Pour créer un lien avec le public, la sensibilisation a été un outil phare pour communiquer, en prenant différentes formes : ciné-débats, visites de fermes, randos-terroirs et éco-écoles. Les différents acteurs ont aussi joué un rôle clé, avec le comité local agricole bellilois qui a donné une structure et qui a permis d’initier d’autres projets. L’implication de la restauration collective a aussi été importante, avec une nette avancée de l’approvisionnement local des restaurants, ce qui demande en revanche des moyens à assurer dans la durée.

Pour conclure, ce projet a permis de resserrer les liens entre les différents acteurs autour d’une alimentation plus durable sur l’île, et a favorisé une atmosphère propice à l’éclosion d’autres initiatives.

5 actions climatiques contre la faim dans le monde recommandées par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture)

Entre 2017 et 2030, un milliard de personnes supplémentaires peuplera la Terre, faisant porter le nombre d’habitants à 8,6 milliards selon les estimations des Nations Unies. Face à une telle augmentation, en prenant compte des manques existant déjà, et de l’impact du changement climatique, comment nourrir toutes ces personnes ? Pour y répondre, la FAO a publié un guide de 5 actions climatiques pour atteindre un monde « #FaimZéro ».

Pour commencer, un premier point se concentre sur la diversification des régimes alimentaires : la FAO propose de manger un repas végétarien par semaine, comprenant des légumineuses. En effet, ces dernières sont moins gourmandes en ressources naturelles, notamment en eau. Ensuite, après avoir adapté ce que nous mettons dans notre assiette, il faut aussi ajuster ce qu’il reste après avoir terminé son repas. En effet, à cause du gaspillage alimentaire, c’est 1/3 de la production qui part à la poubelle, et cela revient aussi à gaspiller les ressources utilisées pour sa production : l’eau, le transport, le travail. La FAO propose de congeler ou d’accommoder les restes, vérifier si les dates indiquées sur le paquet sont les dates de péremption ou les dates optimales, et consommer les fruits et légumes même s’ils ne sont pas dans les standards « esthétiques ». Le troisième geste consiste à utiliser moins d’eau : cela concerne les agriculteurs, mais rentre aussi dans la thématique du gaspillage, la FAO pointant qu’une orange nécessite 50 litres d’eau pour être produite. La quatrième action est de garder les sols et les eaux propres, cela passe par jeter les déchets aux endroits appropriés, et aussi par réduire sa consommation de plastique. Enfin, un autre moyen est de soutenir les producteurs locaux, permettant ainsi de réduire les ressources nécessaires au transport.

L’article de la FAO est très positif, en mettant l’accent sur l’individu, pour que chaque personne se sente concernée, et agisse à sa propre échelle : « Nous pouvons être la génération #FaimZéro ».

Sources :

La fin des Abeilles ?

Changement climatique, pollution, agriculture intensive, pesticides… Voici les principaux facteurs auxquels les pollinisateurs sont actuellement confrontés, les menaçant dangereusement d’extinction. Il faut savoir que les pollinisateurs, tels que les abeilles, les bourdons, les papillons, les coléoptères, ou encore les oiseaux et les chauves-souris, jouent un rôle important dans la fertilisation des plantes. En quête de nectar, les pollinisateurs effectuent de nombreux voyages entre les fleurs, permettant le transport du pollen. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), plus de 75 % des récoltes alimentaires mondiale dépendent de la pollinisation. Par exemple, l’extinction des pollinisateurs aurait pour conséquence la fin de la culture du café, du cacao, de pommes, d’amandes ou de tomates. On estime une forte baisse de la diversité alimentaire si aucun effort n’est mis en œuvre pour la protection des abeilles.

Durant les dernières décennies, la diversité et le nombre de pollinisateurs ont grandement diminué. Une des principales causes parmi d’autres : l’activité humaine, avec l’utilisation massive de produits phytosanitaires, dont les insecticides en agriculture intensive. Mais il y a aussi les maladies et les prédateurs, avec la recrudescence du frelon asiatique (Vespa velutina), la faible disponibilité de la nourriture (jardins nus ou pauvres en fleurs, tontes régulières du gazon), ou encore le changement climatique qui perturbe les saisons et les périodes de floraison.

Les pratiques agricoles durables, comme l’agroécologie, qui n’utilisent pas de pesticides et favorisent les interactions écosystémiques, sont mises en avant pour aider à la sauvegarde des pollinisateurs. En parallèle, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé, la FAO a développé un Code international de conduite pour la gestion des pesticides visant à cadrer et limiter l’utilisation des pesticides.

Sources :

http://www.fao.org/news/story/fr/item/1132359/icode/

http://www.efsa.europa.eu/en/topics/topic/bee-health