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Comment s’affectent mutuellement le système alimentaire et l’environnement ?

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À retenir :

Sous l’effet du changement climatique, la gestion de la sécurité alimentaire devient une préoccupation majeure qui nécessite de faire évoluer les systèmes alimentaires.

Le rapport spécial du GIEC sur le changement climatique et les terres (GIEC, 2019) décrit le système alimentaire mondial actuel comme étant confronté à de nombreux défis. Ce rapport annonce des risques majeurs pour la sécurité alimentaire, créés par le changement climatique, les conditions météorologiques locales, les changements de régimes alimentaires et la vulnérabilité de certains types d’agriculture.

Entre 21% et 37% des émissions totales de gaz à effet de serre sont attribuables au système alimentaire et le rapport prévoit que l’impact augmente, jusqu’à 40% d’ici 2050, en raison de la croissance démographique et des changements alimentaires. Ainsi, la transition vers des systèmes alimentaires durables devient une étape urgente et importante pour relever les nouveaux défis mondiaux.

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Qu’est ce que le système alimentaire ?

 

Le terme « système alimentaire » est couramment utilisé dans les domaines de la nutrition, de la santé, du développement économique et de l’agriculture. Un système alimentaire comprend tous les processus et les infrastructures prenant part à l’alimentation : de la croissance à la récolte, de la commercialisation à la consommation et finalement l’élimination des produits. Il est influencé par des contextes sociaux, politiques, économiques et environnementaux et nécessite des ressources humaines, de la recherche et de l’éducation. Selon le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le système alimentaire mondial, y compris les entreprises ayant un système alimentaire durable, fournissent des emplois à 1 milliard de personnes. 

Système alimentaire et changement climatique :

 

Le rapport spécial du GIEC sur le changement climatique et les terres (GIEC, 2019) décrit le système alimentaire mondial actuel comme étant confronté à de nombreux défis. Ce rapport annonce des risques majeurs pour la sécurité alimentaire, crées par : le changement climatique, les conditions météorologiques locales, les changements de régimes alimentaires (dus à la disponibilité), et la vulnérabilité de certains types d’agriculture. 

Entre 21% et 37% des émissions totales de gaz à effet de serre sont attribuables au système alimentaire et, (Figure 1) le rapport prévoit que l’impact augmente pour passer de 30% à 40% d’ici 2050, en raison de la croissance démographique et des changements alimentaires. Ainsi, la transition vers des systèmes alimentaires durables devient une étape urgente et importante pour relever les nouveaux défis mondiaux. Les défis posés par le changement climatique se manifesteront notamment par des risques de rupture de la chaîne d’approvisionnement. 

Malgré ces défis et le rôle de notre système alimentaire dans le changement climatique, selon le rapport du GIEC et l’UE, le système alimentaire peut être adapté, en évoluant vers un système alimentaire durable, dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre et les problèmes de sécurité alimentaire. 

carte monde

Figure 1 : Food system emissions by country (FAOSTAT 2020, GFW 2020)

Impacts du changement climatique sur les systèmes alimentaires 

Le changement climatique affecte et affectera les rendements alimentaires, la qualité et sécurité des aliments et leur distribution. En particulier, la gestion de la sécurité des aliments devient une préoccupation majeure pour la création de nouveaux systèmes alimentaires sous le joug du changement climatique.

Cependant, la littérature sur ce sujet couvre mal le fait que les systèmes alimentaires dépendent du contexte économique des familles. Les ménages à faible revenu sont particulièrement sensibles aux chocs et aux tendances climatiques. Les chaînes alimentaires destinées aux ruraux pauvres sont susceptibles d’être caractérisées par une faible utilisation de la réfrigération, mais une utilisation élevée de la transformation secondaire, du transport longue distance et d’un contrôle de qualité formalisé.

Au niveau de la production alimentaire, le changement climatique pourrait entrainer une baisse des populations de poissons et des rendements de culture plus faibles. Selon des estimations et en absence d’adaptation aux nouvelles conditions, les rendements mondiaux pourraient baisser de 30% d’ici 2050. Ainsi, le prix des denrées alimentaires va augmenter en raison des pertes agricoles et des baisses de rendement. De plus, la culture dans des conditions de dioxyde de carbone élevées entrainerait une baisse de la teneur en éléments nutritifs, ce qui affecterait la qualité nutritionnelle des aliments.

Les impacts directs du climat sur la disponibilité alimentaire se produiront tout au long de la chaîne alimentaire, mais seront généralement plus forts pour l’agriculture, étant donné sa sensibilité au climat et son rôle principal dans l’approvisionnement alimentaire. Les impacts indirects sur la nutrition, la santé, les moyens de subsistance et la pauvreté seront plus complexes et très différenciés. La plupart des recherches se sont concentrées sur les conséquences des baisses de rendement des cultures et, dans une moindre mesure, sur les prix, mais d’autres résultats clés en matière de sécurité alimentaire peuvent être fortement affectés par le changement climatique.

Impacts environnementaux des systèmes alimentaires  

Les systèmes alimentaires affectent l’environnement, qu’il soit local ou mondial. La production, la transformation et le transport des aliments sont responsables de la déforestation généralisée, de la perte de biodiversité, de la pollution de l’eau et jusqu’à 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De plus, la production alimentaire utilise environ 50 % des terres habitables et représente 21% à 37% des émissions totales de gaz à effet de serre, aggravant le changement climatique. Le type de production alimentaire a un impact variable sur l’environnement. Par exemple la production intensive de viande de ruminant et de lait peut être particulièrement dommageable pour l’environnement dans de nombreux contextes.

Ce mode de production va nécessiter de nombreuses terres, de l’eau et produire une grande quantité de gaz à effet de serre. De même, l’agriculture intensive nécessite beaucoup d’intrants, la pratique de la monoculture peut entrainer une perte de biodiversité, une dégradation des sols et entraine donc un système alimentaire moins résistant aux événements météorologiques extrêmes.

La production, la transformation et le transport des aliments sont responsables de la déforestation généralisée, de la perte de biodiversité, de la pollution de l’eau et jusqu’à 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

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Le besoin crucial de réforme pour le système alimentaire, dans le but de limiter les impacts environnementaux 

Selon le rapport des Nations Unies et WWF (Enhancing Nationally Determined Contributions (NDCs) for Food Systems), les décideurs politiques vont devoir se concentrer sur l’adaptation de leurs systèmes alimentaires pour qu’ils soient plus durables et qu’ils se tournent plus vers le végétal.

La lutte contre le changement d’affectation des terres et les émissions agricoles, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires et le passage à une alimentation durable et saine pourraient représenter 20% de l’effort d’atténuation nécessaire pour maintenir l’augmentation de la température mondiale dans la cible de +1,5 ° C d’ici 2050.

« Éliminer la consommation excessive de viande, améliorer les installations de stockage et réduire le gaspillage alimentaire est bon pour notre santé et améliore la sécurité alimentaire ». « Avec une liste de contrôle et des exemples concrets d’activités et d’objectifs, ce rapport fournit des conseils aux décideurs pour intégrer les systèmes alimentaires dans leurs stratégies nationales sur le climat. »

Changer le système alimentaire pour limiter le changement climatique 

Prendre des mesures spécifiques pour transformer les systèmes d’approvisionnement alimentaire pourrait aider à atteindre les objectifs climatiques selon le rapport des Nations Unies sur l’action climatique.

Marco LAMBERTINI, directeur général du WWF-International, énonce que pour atteindre les objectifs fixés en matière de climat et de biodiversité et parvenir à la sécurité alimentaire et prévenir l’émergence des maladies, nous devons agir sur la façon dont nous produisons et consommons les aliments. Les systèmes alimentaires représentent 37 % des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, « en ajoutant les régimes alimentaires et les pertes et gaspillages alimentaires aux plans climatiques nationaux, les décideurs politiques pourraient améliorer leurs contributions d’atténuation et d’adaptation des systèmes alimentaires jusqu’à 25% » a déclaré le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Ainsi, 16 façons dont les décideurs politiques pourraient prendre davantage action dans leurs stratégies climatiques ont été identifiées. Il faudrait intégrer tous les maillons des systèmes alimentaires, de la ferme à l’assiette. Les seize actions identifiées dans le rapport comprennent la réduction du changement d’affectation des terres* et la conversion des habitats naturels, ce qui pourrait réduire les émissions d’environ 4,6 gigatonnes d’équivalent CO2, par an. De même, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires (8% des GES) pourrait réduire de 4,5GT CO2-équivalent par an, l’amélioration de production pourrait réduire les émissions jusqu’à 1,44 Gt CO2e par an. En passant à des régimes alimentaires plus sains et plus durables avec une proportion plus élevée d’aliments d’origine végétale, des réductions beaucoup plus importantes pourraient être obtenues (mais pas de justification). Mais aucun plan climatique national actuel ne traite explicitement de régimes alimentaires plus durables.

*Le changement d’utilisation des terres est un processus par lequel les activités humaines transforment le paysage naturel, se référant à la façon dont la terre a été utilisée, mettant généralement l’accent sur le rôle fonctionnel de la terre pour les activités économiques.

Intervention pour gérer les interactions entre les systèmes alimentaires et le changement climatique 

Il est important de repenser tout le système alimentaire et de trouver des solutions pour atténuer son effet sur le changement climatique. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, passer seulement à une agriculture biologique (1% des terres agricoles dans le monde sont occupés par l’agriculture BIO) sans autre changement majeur dans le système alimentaire, ne produira pas moins de gaz à effet de serre. Il est même probable que cela aggrave le problème. Ce qu’il faudrait alors faire, c’est passer par une agriculture durable, en évitant les pertes et le gaspillage alimentaire et en ayant une meilleure occupation des sols.

L’intensification agricole (augmentation de la productivité par unité de terre et autres ressources), si elle est durable, pourrait être une solution. Elle est reconnue comme moyen de maintenir ou d’augmenter la production alimentaire tout en libérant des terres pour le stockage du carbone sous les forêts, les prairies et les zones humides.

Les solutions climatiques proviendraient alors de l’agriculture durable : avec la réduction du gaspillage alimentaire, l’agroforesterie, une meilleure gestion des sols et des terres agricoles.

Il faut faire en sorte que la résilience climatique dans le secteur agricole soit au cœur des efforts de la communauté internationale et il faut voir le sommet des systèmes alimentaires prévu en 2021 comme une opportunité pour mettre le monde sur la voie d’une alimentation plus durable et équitable.

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  • Rapport du GIEC : http://www.cerdd.org/Parcours-thematiques/Changement-climatique/Ressources-climat/Rapport-special-du-GIEC-Changement-climatique-et-terres-emergees
  • https://foodsystemsdashboard.org/about-food-system
  • https://unfoundation.org/blog/post/climate-change-and-the-future-of-food/
  • https://www.igd.com/articles/article-viewer/t/climate-change-and-its-importance-for-the-food-industry/i/26635
  • https://www.annualreviews.org/doi/10.1146/annurev-environ-020411-130608
  • https://www.oliveoiltimes.com/briefs/reforming-food-systems-crucial-to-fight-climate-change/85538
  • https://news.un.org/en/story/2020/09/1071412
  • https://www.mdpi.com/2071-1050/12/17/7012/pdf
  • https://www.foodnavigator.com/Article/2020/09/11/Climate-change-is-making-our-food-less-safe-FAO
  • https://wwfeu.awsassets.panda.org/downloads/wwf_ndc_food_final_low_res.pdf
  • FAO, IFAD, UNICEF, WFP and WHO. 2020. In Brief to The State of Food Security and Nutrition in the World 2020. Transforming food systems for affordable healthy diets. Rome, FAO. https://doi.org/10.4060/ca9699en
  • Rapport Enhancing Nationally Determined Contributions (NDCs) for Food Systems : https://www.unenvironment.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/renforcer-laction-climatique-sur-les-systemes

Newsletter n°11- Végétal : des découvertes prometteuses

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Newsletter en format PDF disponible ici :  Newsletter_n°11_des_découvertes_prometteuses_pdf

En 2018, l’Institut Olga Triballat a accordé son soutien à 2 projets de recherche axés sur la thématique végétale, dont les résultats ouvrent à des perspectives prometteuses en termes de production, de nutrition et de santé.  

Le projet « Spirufix » : une spiruline unique !  

La spiruline est une cyanobactérie appelée à tort « microalgue », qui a un profil nutritionnel de qualité : elle est riche en protéines qui contiennent des acides aminés indispensables, elle présente une teneur élevée en vitaminesen minéraux et en oligoéléments. Elle est d’ailleurs utilisée en tant qu’ingrédient dans des compléments alimentaires. Bien que sa production ait l’avantage de ne pas nécessiter beaucoup d’eau par rapport à d’autres cultures, son mode de production reste coûteux du fait de son besoin en nutriments pour se développer. Son besoin en carbone est couvert par la photosynthèse, cependant son besoin en azote et en phosphore nécessite le recours à l’utilisation d’intrants sous forme d’engrais minéraux, expliquant son coût de production élevé. Par ailleurs, l’utilisation d’azote minéral dans les cultures empêche l’obtention du label ‘bio’, ce dernier ne rentrant pas dans le cahier des charges de l’agriculture biologique. 

Il y a quelques années, une nouvelle souche de spiruline a été découverte et isolée dans le Pacifique Sud. Cette souche détient une caractéristique particulière puisqu’elle possède la capacité de fixer l’azote atmosphérique, une source d’azote à la fois inépuisable et gratuite, ce qui fait qu’elle a un potentiel de valorisation unique et à bas coût. Cette nouvelle souche est depuis 2018 le sujet d’étude du projet « Spirufix » porté par l’Institut de Recherche pour le Développement basé à Marseille. Leur projet s’est décliné en plusieurs étapes dont certaines sont encore à l’ordre du jour.  

Les résultats d’aujourd’hui ont permis de faire une caractérisation génétique qui d’une part a révélé que cette nouvelle souche appartenait bien à l’ordre des Spirulinales et qui d’autre part a permis de découvrir le gène structural de la nitrogénase, responsable de la fixation de l’azote atmosphérique. Le groupe de recherche a par la suite déterminé les conditions de culture adéquates qui permettent à cette spiruline de se développer : les résultats ont montré qu’un milieu de culture salin supplémenté en nutriments, en métaux, en vitamines, à pH 6 et maintenu à une température de 30°C sans brassage, permet un développement optimal de la biomasse. Le phénotype de cette nouvelle spiruline a par la suite été caractérisé (forme d’hélice presque fermée, enroulement des spires dans le sens inverse des aiguilles d’une montre…). D’autres résultats ont été obtenus et sont en phase de confirmationLes prochaines étapes consistent à évaluer le potentiel nutritionnel de la souche, à tester ses éventuelles propriétés antioxydantes, enzymatiques (inhibition des enzymes associées au vieillissement) et antimicrobiennes, et enfin à s’assurer de l’absence de toxicité avant une possible exploitation dans le domaine de l’agro-alimentaire. Nous serons alors attentifs à la publication des prochains résultats !  

Le projet « VignalZ » : des résultats encourageants pour la prévention de la maladie d’Alzheimer  

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative qui en France compte 225 000 nouveaux cas chaque année, avec une estimation de 2,1 millions de malades en 2040 (chez les plus de 65 ans). Il n’existe aujourd’hui aucun traitement curatif et seuls des traitements symptomatiques sont proposés aux personnes atteintes. C’est pourquoi l’avancée de la recherche dans la protection des neurones et dans la prévention de cette maladie est une nécessité. La maladie d’Alzheimer est liée à la formation de plaques séniles dans le cerveau, à cause de l’agrégation et l’accumulation du peptide β-amyloïde (Aβ). Ces plaques séniles entraînent une augmentation du stress oxydant et de la neuro-inflammation ce qui conduit à la mort des neurones.  

Le projet « VignalZ », soutenu par l’IOT en 2018, porte sur les polyphénols végétaux qui sont connus pour leurs propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Ces composés sont uniquement synthétisés par les plantes de quelques genres botaniques. Parmi celles-ci, la vigne et le raisin constituent l’une des principales sources de ces composés pour l’alimentation humaine. Porté par les chercheurs du laboratoire MMDN de l’Inserm à Montpellier, le projet a pour but d’évaluer l’hypothèse d’un effet inhibiteur de certains polyphénols végétaux sur l’agrégation des peptides impliqués dans la formation des plaques séniles. Les résultats du projet ont mis en avant le potentiel thérapeutique du resvératrol, de ses dérivés et de ses oligomères présents dans les sarments de vignes (qui constituent une source économique car ce sont des « déchets » de la filière viticole. En effet, les chercheurs ont montré que ces polyphénols ont des propriétés anti-agrégantes sur les agrégats préformés du peptide Aβ. Cela permet alors d’envisager dans un futur proche la mise en place d’une approche préventive de la maladie d’Alzheimer grâce à l’utilisation de composés naturels tel que le resvératrol dans notre alimentation. Par ailleurs, des tests ont été menés pour évaluer les propriétés antioxydantes et neuroprotectrices d’un phénolipide obtenu par synthèse chimique à partir d’une molécule de resvératrol et d’un acide gras oméga 3. Le but était de trouver une combinaison chimique qui augmente la biodisponibilité du resvératrol et donc son potentiel thérapeutique. Les résultats ont montré avec cette combinaison une augmentation de la propriété antioxydante sur un modèle cellulaire. D’autres études sont maintenant à mener, afin notamment de tester in vitro et in vivo la capacité antioxydante et anti-inflammatoire du resvératrol et du phénolipide.  

Sources : 

Actualité

 

Brève sur  » Le confinement: facteur aggravant de l’épidémie d’obésité ? »

Newsletter n°10 – Des plus jeunes aux moins jeunes : l’Institut Olga Triballat soutient la formation du personnel encadrant sur la thématique de l’alimentation

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Newsletter en format PDF disponible ici : Newsletter-formation-personnel-alimentation-septembre2020-IOT

Chaque année, l’Institut Olga Triballat lance deux appels à projet dont un appel à projets destiné aux actions de terrain.

Pourquoi et pour qui ?

Faire évoluer les pratiques vers une alimentation équilibrée et responsable, de façon réaliste et concrète est la mission de cet appel à projets de terrain. L’appel s’adresse alors à des associations d’étudiants, de professionnels ou au grand public, qui souhaitent participer à la construction d’une alimentation propice à une santé durable pour l’Homme et sa planète.

En 2018, l’Institut a choisi de soutenir deux projets candidats qui ont comme point commun la proposition de formations, en lien avec la thématique alimentaire, pour des professionnels encadrants qui s’occupent des enfants ou des personnes âgées.

« Pour une alimentation durable dans le monde de la Petite Enfance » : un projet engagé qui implique les professionnels de la Petite Enfance

Label Vie est une association qui accompagne, labellise et fédère des lieux de vie dans leur démarche durable, dont les crèches avec le label Ecolo crèche développé pour le secteur de la Petite Enfance. L’association accompagne les crèches, les conseille et les forme sur différentes thématiques du développement durable et notamment sur l’alimentation durable.

Promouvoir le changement de pratiques en alimentation dans les lieux d’accueil de la Petite Enfance en faveur d’une alimentation plus saine et équilibrée des jeunes enfants, à travers la sensibilisation et la formation des professionnels pour la mise en place de nouveaux comportements alimentaires

Aujourd’hui, chacun a conscience de l’enjeu de l’alimentation aussi bien sur la santé des Hommes que sur l’environnement. Cependant, il y a encore « beaucoup de freins dans la Petite Enfance pour mettre en place une alimentation durable » nous explique Claire Grolleau, la présidente de l’association Label Vie. C’est pourquoi la démarche de l’association a un rôle clé dans la promotion d’une alimentation plus saine et durable. Dans le cadre du projet, l’association a sélectionné des crèches volontaires engagées dans la démarche, le volontariat étant « la première étape de la démarche de changement » ajoute Mme Grolleau. Le projet qui a débuté en septembre 2018 s’est décliné en 3 grandes actions.

Action 1: Des temps d’échanges ont d’abord été organisés avec des professionnels de terrain pour identifier les freins et besoins d’acquisitions de nouvelles compétences. « Alimentation durable en crèche », « du jardin à l’assiette », « HACCP écoresponsable » sont les trois formations qui ont été créées par la suite à destination des crèches.

Action 2: Des temps de sensibilisation de l’écosystème de la Petite Enfance par le biais d’intervention ont été menés en passant par des partenaires locaux (la CAF, la PMI, les associations locales, les crèches déjà engagées…). Les formations ont été conduites dans les crèches participantes au projet, par des professionnels qualifiés, salariés de l’association. Elles s’adressaient au directeur de l’établissement et au personnel en charge de la préparation des repas car la formation illustre « des changements stratégiques importants et c’est important que la direction soit au courant et que les personnes sur le terrain bénéficient de cette formation. La formation doit donner des notions conceptuelles comme l’impact de l’alimentation sur la santé mais elle doit aussi informer sur comment passer à une alimentation durable au niveau du budget » affirme Claire Grolleau.

Action 3: Par suite des deux premières actions, l’objectif était de communiquer sur ce sujet et inciter les professionnels et les parents à continuer dans cette voie d’alimentation durable, par l’envoi de mail et par l’invitation à des formations alimentaires. Un colloque a été organisé au Ministère de la Santé à Paris en présence d’experts de l’INRA, de Solagro, du monde associatif, de diététiciens, et d’agents gouvernementaux. Un total de 150 se sont réunis avec notamment le personnel des crèches engagées, des assistances maternelles ainsi que les familles.

Pour aller plus loin…

L’association a créé une formation à distance à destination des assistantes maternelles qui sera disponible sur une plateforme en ligne prochainement. Par ailleurs, Label Vie vise à digitaliser le projet, pour toucher les professionnels mais aussi les parents, les outils digitaux étant « des leviers certains pour permettre de toucher plus de monde ».

« Accompagner les séniors à manger mieux pour vieillir mieux » : un projet orienté vers la santé des personnes âgées

L’ADMR est un réseau associatif national de services à la personne comprenant les services et les soins aux séniors par le biais notamment du personnel aide-soignant et aide à domicile.

Former des aides-soignantes et des aides à domicile sur l’équilibre alimentaire, les apports nutritionnels spécifiques aux personnes âgées et la dénutrition ; assurer un suivi des diagnostics réalisés

Actions:

Formation délivrée par le collectif ReSanté-Vous à environ 20 salariés venant de plusieurs établissements qui s’occupe au quotidien de la préparation des repas pour les personnes âgées.

La formation s’est inscrite dans un projet global visant à « mettre en place des actions de prévention auprès des personnes âgées », nous explique Mme Souquet, assistante de direction à l’ADMR. Ce projet global comprend plusieurs formations à destination du personnel encadrant et en 2018 le thème de la dénutrition a été ajouté pour compléter l’offre, ce qui donne « un élan au travail quotidien du personnel » commente Mme Desaint Denis, responsable de l’association REGAL’ADMR.

Newsletter 10 frise

Cette formation a donné les connaissances nécessaires au personnel encadrant pour mieux appréhender l’alimentation des patients. À la suite de la formation, un questionnaire a été rempli par les patients permettant d’évaluer leur alimentation et cibler les risques et les orientations à prendre. Des diététiciens professionnels et animateurs culinaires sont intervenus auprès des encadrants pour leur donner davantage de clés et d’outils pour adapter l’alimentation de leurs patients en fonction des réponses aux questionnaires, et de mettre en place un suivi alimentaire de ces patients.

« Les personnes âgées ont une relation différente avec les aides à domicile. Les aides à domiciles aident à faire passer le message aux personnes âgées, le message passe mieux que le message d’un médecin », affirme Mme Souquet. Former le personnel encadrant est alors un bon vecteur pour s’assurer d’apporter les soins adaptés aux séniors.

Newsletter n°9 – Covid19 : une crise sanitaire qui démontre la nécessité d’adopter un système alimentaire résilient

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Newsletter en format PDF disponible ici : Newsletter-Covid19-juillet-2020-IOT.

 

Le 9 janvier 2020 dernier, la découverte d’un nouveau virus (SARS-CoV-2, qu’on nomme plus couramment « coronavirus ») a été annoncée par l’OMS. Ce virus, responsable de la maladie infectieuse respiratoire Covid19, a causé 549 846 décès (09/07/20) dans le monde et 29 965 décès en France (08/07/20). Cette pandémie qui représente un défi de sécurité et de santé publique a également des conséquences sociales et économiques, notamment pour le domaine alimentaire.

 

Les répercussions du covid19 sur le secteur alimentaire

C’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui a été impactée par le covid19, avec en premier lieu les agriculteurs, du fait des restrictions concernant les déplacements des personnes à l’intérieur des pays mais également entre les pays. Manque de main d’œuvre dans les exploitations et problème de logistique pour livrer les marchandises, le premier maillon de la chaîne alimentaire a dû faire face à de grosses difficultés et s’adapter en augmentant bien souvent son temps et son volume de travail (CEP, mai 2020). En France, la restauration hors domicile a fait face à une chute d’activité, avec notamment la fermeture des établissements scolaires, donc de la restauration collective associée, et la fermeture des restaurants sur décision gouvernementale jusque début juin, impactant alors les restaurateurs mais aussi les agriculteurs qui livraient les restaurants.

Par ailleurs, des marchés ont été fermés pendant plusieurs semaines pour éviter la propagation de l’épidémie, diminuant le nombre de ventes et ayant donc des conséquences pour les producteurs, qui réalisent de la vente directe, et pour les petits commerçants. Cependant, en France les petites exploitations qui travaillent majoritairement par circuits courts se sont dit moins impactées par la pandémie concernant la vente de leur production que les grosses exploitations devant passer par des intermédiaires, ayant eux-mêmes été impactés par la covid19. En effet, pendant le confinement, les Français ont privilégié les circuits courts et les produits locaux, en allant s’approvisionner directement à la ferme ou bien à l’épicerie ou au supermarché revendeur du coin. Les intermédiaires, comme les industries agroalimentaires ont donc vu leur chiffre d’affaires diminuer pendant cette crise sanitaire : l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) a estimé une chute de 22% de leur chiffre d’affaires pendant la période de confinement, les secteurs de l’épicerie sucrée et des boissons étant les plus touchés. Ce sont les TPE et les PME qui sont le plus impactées par cette baisse de chiffre d’affaires à cause des hausses de prix (de matières premières, de transports, des équipements de protection des salariés…). Les coûts de production ont augmenté en moyenne de 9% depuis le début de la crise.

Pendant le confinement, les consommateurs ont participé au déclin partiel de certains secteurs alimentaires, délaissant les produits transformés dits « de plaisir ». Ils ont consommé différemment pendant cette période : le beurre, le lait, les crèmes, la farine, certains légumes ont vu leur vente exploser. Les consommateurs ont accordé plus de temps qu’habituellement à la cuisine et ils ont aussi acheté en plus grosse quantité les produits alimentaires qu’ils jugent indispensables, par peur de ne pas pouvoir en acheter ultérieurement.  Des problèmes de rayons vides pour certains types de produits ont alors été recensés dans certains supermarchés.

Les répercussions du covid19 sur les habitudes alimentaires

Le confinement lié à l’épidémie du covid-19 a impacté les habitudes alimentaires des Français. Santé publique France a intégré à son enquête CoviPrev des questions liées à ce bouleversement. Les résultats ont montré qu’une partie des répondants déclarent que leur alimentation a été moins équilibrée qu’avant le confinement, qu’ils ont grignoté davantage entre les repas et qu’ils ont pris du poids pendant le confinement. La tendance au grignotage et la prise de poids se sont amplifiées au fur et à mesure du confinement. Par ailleurs, les répondants ont déclaré avoir cuisiné plus que d’habitude des plats faits maison. Santé Publique France a en outre réalisé une étude qualitative en ligne (ViQuoP) afin d’obtenir plus de réponses sur ces changements de comportements alimentaires. Il en est ressorti qu’avec le temps disponible pendant ce confinement ainsi qu’avec la présence de tous les membres du foyer à chaque repas, il était possible de cuisiner davantage, d’où l’augmentation du nombre de plats faits maison. Les Français ont d’ailleurs cherché des recettes sur internet, ce qui est illustré par exemple par une augmentation du nombre de visites sur le site “mangerbouger.fr” sur la période de confinement et notamment un accroissement des consultations des fiches recettes. Ils ont aussi consulté davantage les exercices d’activité physique proposés par le site ainsi que des articles liés au Covid-19. Enfin, le grignotage aurait permis de compenser le stress et l’ennui liés au confinement et à l’épidémie.

Une crise sanitaire qui s’ancre dans une tendance déjà installée

Ce n’est pas seulement depuis la crise sanitaire que les consommateurs privilégient les circuits courts, c’est déjà une tendance depuis maintenant plusieurs années, qui révèle la volonté du consommateur de consommer plus durablement. Rappelons que l’on peut employer le terme de « circuit court » lorsque le produit alimentaire passe par un intermédiaire au maximum avant d’arriver dans les mains du consommateur. Pendant le confinement, l’enseigne E Leclerc a réalisé un baromètre qui a étudié l’évolution et les réflexes des consommateurs vis-à-vis de leurs achats alimentaires. On souligne que 78% des Français accordent de l’importante à l’origine d’une denrée alimentaire, 43% des Français font attention à privilégier des produits fabriqués en France et un tiers des Français privilégient l’achat de produits fabriqués localement. Par ailleurs, une autre des tendances alimentaires de ces dernières années est la favorisation des produits alimentaires issus de l’agriculture biologique. En effet, en 2019 leur chiffre d’affaire a augmenté de 19%. De plus, le baromètre de consommation et de perception des produits biologiques en France, publié par l’Agence bio en 2020, a montré que 71% du panel des consommateurs interrogés consomme au moins une fois par mois un ou des produits biologiques. En outre, certaines cantines scolaires ont elles aussi choisi de préparer des repas à partir de produits biologiques, comme c’est le cas pour la commune de Mouans Sartoux situé dans le sud de la France, qui a créé sa propre ferme basée sur l’agriculture biologique afin de servir ses cantines scolaires en circuits courts. Pendant le confinement, la vente de produits alimentaires issus de l’agriculture biologique a grimpé. D’après une enquête menée par Agrobio dans des magasins spécialisés bio, 70 % ont enregistré une hausse de leurs ventes, avec une augmentation du chiffre d’affaires de 25 % en moyenne. Cela s’explique par la confiance des consommateurs envers un produit qui est pour eux plus naturel, un point important en cette période de doute où les produits globalisés sont source de méfiance.

Les failles du système agricole mondialisé

Cette crise liée au COVID19 a mis en évidence la dépendance de l’agriculture française à la main d’œuvre étrangère pour récolter ses productions. En effet, 80% de la main d’œuvre travaillant sur des exploitations françaises est étrangère. Ces travailleurs étrangers sont prêts à accepter une rémunération moindre que les travailleurs locaux, cette rémunération restant supérieure à celle qu’ils pourraient espérer toucher dans leur pays d’origine. Pour pallier ce manque de main d’œuvre, le ministre de l’agriculture a fait appel aux volontaires. Une plateforme nommée « des bras pour ton assiette » a recruté plus de 250 000 personnes pour venir en aide aux agriculteurs. La France n’est pas le seul pays à employer de la main d’œuvre étrangère : l’Italie a elle aussi dû faire face à ce manque de salariés et a répondu en régularisant des sans-papiers pour qu’ils puissent travailler.

Le marché laitier a lui aussi été touché par la pandémie, avec une baisse des ventes et des prix qui a contraint certains éleveurs à jeter leur lait. Aux Etats-Unis, des millions d’animaux (porc, bovins, poulets) vont être tués et détruits, à cause de la fermeture d’abattoirs où le personnel a été contaminé par le virus. Concernant l’impact du virus sur la faim dans le monde, des pays exportateurs comme la Russie, qui est le 1er exportateur mondial de blé, a limité ses exportations jusqu’à juillet. L’Inde et le Vietnam qui sont de gros pays exportateurs de riz, ont eux aussi suspendu leurs exportations, notamment en Afrique Subsaharienne qui est une région ne pouvant pas s’autosatisfaire au niveau alimentaire. C’est alors la sécurité alimentaire mondiale qui est menacée. C’est pourquoi les ministres de l’agriculture du G20 ont décidé de coopérer afin de limiter l’aggravation de la famine dans les régions pauvres du monde.

Quels enseignements devons-nous en tirer ?

La pandémie du Covid-19 nous a montré les failles du système agricole mondialisé et l’importance d’avoir un système alimentaire résilient. Il est important de valoriser l’agriculture locale et les circuits courts, limitant la dépendance alimentaire aux autres régions, pays et continents du monde. Les agriculteurs doivent pouvoir suivre une politique agricole régionale, qui les protège. En revanche, il est nécessaire de maintenir des circuits d’approvisionnements inter-régionaux et multilatéraux pour plusieurs raisons : certaines agglomérations au sein d’un pays ou certaines régions du monde ne sont pas capables de s’autosatisfaire au niveau alimentaire, c’est la raison pour laquelle il est primordial de maintenir des échanges et de les réformer au fur et à mesure des évolutions économiques, sociales et environnementales. Pour terminer, cette crise aura permis de montrer la capacité d’adaptations des consommateurs, des associations et des acteurs locaux.

 

 

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Résultats scientifiques du programme des Arts de Faire Culinaires au Collège

Dans le cadre de son appel à projets de recherche de 2015, l’Institut Olga Triballat a soutenu le projet d’une équipe du Centre Européen des Produits de l’Enfant (IAE de l’université de Poitiers) : « Arts de Faire Culinaires au Collège ».

L’objectif de ce programme était de donner les clés d’une alimentation plus saine, raisonnée et autonome aux collégiens dans le but d’un changement de l’attitude des sujets à moyen et long terme.

Nous vous invitons à découvrir :
les principaux résultats de la recherche
le poster scientifique sélectionné au colloque « 14e journée du Marketing Agroalimentaire de l’AFM » du 20 septembre 2019

Newsletter n°8 – L’agroécologie : qu’y a-t-il derrière ce mot ?

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L’agroécologie : qu’y a-t-il derrière ce mot ?

Selon l’Institut National d’Etude Démographique (INED), la population mondiale comptera environ 9 milliards d’habitants en 2050. Cependant, la production agricole mondiale actuelle est à bout de souffle et, à l’avenir, elle ne sera pas suffisante pour subvenir aux besoins d’un tel accroissement démographique. L’agriculture conventionnelle montre ses limites. Pour ce type de culture, les besoins en eau et en surfaces cultivables ne cessent d’augmenter, avec pour conséquence d’impacter négativement la biodiversité et le changement climatique. Il devient donc nécessaire de se diriger vers un système plus durable en termes d’environnement et d’économie. Car il ne faut pas oublier qu’un système agricole productif et régénératif possède de nombreux avantages d’un point de vue environnemental, mais aussi socialement en créant des emplois.

 

  • Qu’est-ce que l’agroécologie ?

Définition

L’agroécologie est l’utilisation intégrée des ressources et des mécanismes de la nature dans l’objectif de production agricole. Elle allie les dimensions écologique, économique et sociale et vise à mieux tirer parti des interactions entre les végétaux, les animaux, les humains et l’environnement.

Principes

L’agroécologie est un ensemble pluridisciplinaire, que l’on peut caractériser comme une science, une pratique et un mouvement social.

Etant une science, elle regroupe plusieurs disciplines complémentaires autour de l’agronomie, l’environnement et la biologie. En lien avec la recherche, les actions de terrain sont très nombreuses et expérimentent de nouvelles méthodes de culture. Mais ceci toujours dans l’optique d’une utilisation durable des ressources locales, dans le respect des connaissances et des besoins des agriculteurs. L’agroécologie utilise la biodiversité de manière rationnelle afin de créer des services écosystémiques et permettre la résilience.

Ce mouvement vise à sensibiliser à une alimentation saine et de bonne qualité, à défendre et mettre en valeur les petites exploitations, les fermes familiales et le monde rural. Mais aussi privilégier les circuits courts pour un retour à un approvisionnement plus local, ou encore faire la promotion des semences indigènes.

 

  • Les 10 éléments de l’agroécologie

Afin d’aider les pays à faire évoluer leurs systèmes alimentaires et agricoles vers un modèle plus durable, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a défini les 10 éléments clés de l’agroécologie. Ces éléments sont liés entre eux tout en étant indépendants, et peuvent être utilisés comme outils afin de rendre l’agroécologie opérationnelle. Ce sont les caractéristiques principales du système agroécologique qui définissent son cadre, afin d’orienter les décisions politiques et les manœuvres agricoles. Voici ces 10 éléments clés :

  1. Diversité
  2. Co-création et partage de connaissances
  3. Synergies
  4. Efficience
  5. Recyclage
  6. Résilience
  7. Valeurs humaines et sociales
  8. Culture et tradition alimentaire
  9. Gouvernance responsable
  10. Economie circulaire et solidaire

Pour plus de détails, voir le guide de la FAO : http://www.fao.org/3/I9037EN/i9037en.pdf

 

  • Les acteurs de l’agroécologie

Agriculteurs :

Les agriculteurs ont un rôle central dans la pratique de l’agroécologie, car ce sont eux qui permettent sa mise en place. En tant que détenteur de la connaissance et co-chercheur, les producteurs diffusent, partagent et mettent en avant le savoir-faire et les innovations. C’est ce que l’on appelle « l’éducation populaire ».

Chercheurs :

Provenant de différents domaines (environnement, économie, sociologie), ils utilisent la complémentarité de chaque domaine pour faire face aux différents défis de l’agroécologie. Ils mettent au point les techniques et les modes de cultures adaptées en collaboration directe avec les agriculteurs. Ils participent aussi à l’évolution des connaissances sur l’agroécologie, servant d’appui pour les décisions politiques.

Décisionnaires politiques :

En appui sur les découvertes des chercheurs et sur les pratiques expérimentales des agriculteurs, les décisionnaires élaborent des politiques de façon à organiser la mise en place de l’agroécologie et lui définir un cadre réglementaire. Ils collaborent aussi avec des décisionnaires d’organismes de grande ampleur, comme les Nations Unies, pour faciliter l’utilisation de cette approche potentielle face au défi du changement climatique.

Consommateurs :

Les consommateurs possèdent un rôle essentiel dans le développement de l’agroécologie car, étant le dernier maillon du système alimentaire, ils ont le pouvoir de faire augmenter ou diminuer la consommation de produits issus de l’agroécologie. Il est donc important de sensibiliser le public aux enjeux actuels de l’alimentation et de l’environnement afin de montrer les avantages et l’efficacité de l’agroécologie et favoriser la transition agroécologique.

 

  • Techniques et systèmes

On trouve aujourd’hui de multiples techniques et façons de faire qui relèvent de l’agroécologie. Il faut savoir que chaque technique est étudiée et utilisée dans un objectif précis, que ce soit dans un but de protection face aux ravageurs, pour garder l’humidité du sol, limiter le salissement des parcelles (mauvaises herbes) ou encore améliorer l’apport en nutriments. L’intérêt principal est d’associer les atouts de chaque espèce (plantes, arbres, animaux) dans le but de minimiser les apports en intrants.

Voici quelques exemples de techniques utilisées actuellement :

 

Associations de cultures :

Cette méthode consiste à associer simultanément deux ou plusieurs espèces sur une même surface. Elles peuvent être semées de façon mélangée ou alors en rang ou bandes alternées. Parmi les différentes associations possibles, on retrouve plus particulièrement l’association céréales-légumineuses ou encore l’association légumineuses-oléagineux. Les avantages agronomiques, environnementaux et économiques sont conséquents. Les rendements sont généralement supérieurs à une monoculture conventionnelle à bas niveau d’intrants, la biodisponibilité des nutriments (azote, phosphore, potassium) est meilleure, l’accessibilité des plantes à l’eau est améliorée par la capillarité des racines, ce qui améliore la résistance au stress hydrique (sècheresses). Les céréales sont aussi plus riches en protéines grâce aux légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique. Les plantes possèdent un meilleur système racinaire, ce qui améliore la structure et la fertilité du sol. Les céréales jouent le rôle de tuteur pour limiter la verse (le fait de se coucher au sol) des légumineuses. On obtient aussi une meilleure maîtrise des agresseurs et du salissement, en diminuant la pression des ravageurs, des maladies et des adventices (« mauvaises herbes »). Les incidences sur l’environnement sont plus intéressantes, car il y a moins d’utilisation de produits phytosanitaires. Les protéagineux et oléagineux favorisent l’attraction des pollinisateurs qui peuvent jouer un rôle face aux parasites. Ainsi, d’un point de vue économique, l’association de cultures assure un rendement minimum grâce à la diversité des espèces et permet l’économie de produits phytosanitaires. On peut citer comme exemple l’association pois-triticale, qui est la plus répandue. Mais il existe d’autres combinaisons possibles en fonction des objectifs souhaités. Parmi les céréales, il y a l’avoine, le blé ou le seigle. Pour les légumineuses, la fèverole est très utilisée ainsi que le soja et la vesce. Pour les oléagineux, on retrouve la caméline.

 

Pré-verger :

C’est une technique d’agroforesterie qui existe depuis très longtemps. Elle consiste en une prairie herbée, qui peut être fauchée ou pâturée, sur laquelle des arbres fruitiers sont plantés. Ces arbres sont dits de « haute tige », car leur tronc atteint au moins 1m60. Ce sont donc des pommiers, des poiriers, des cerisiers, des mirabelliers qui couvrent de vastes prairies. Les pré-vergers permettent tout d’abord de contribuer au maintien d’un équilibre biologique, car c’est un lieu rempli de vie. On y trouve de nombreux insectes, mais aussi des oiseaux et des chauves-souris qui permettent de limiter l’apparition de ravageurs, ou encore le cheptel qui mange les petits fruits qui tombent prématurément évitant ainsi les maladies. C’est un système autonome qui ne nécessite pas d’engrais, ni autres produits phytosanitaires, puisque l’équilibre biologique du milieu s’autorégule. Par exemple, les animaux en pâture (vaches, poules, moutons…) permettent de maîtriser l’enherbement et les déjections servent d’engrais, la présence de pollinisateurs augmente la formation des fruits. Avec leurs grandes racines, les arbres résistent au stress hydrique et ne nécessitent pas d’apport en eau supplémentaire. Enfin, l’intervention mécanique est rare puisqu’elle intervient pendant la récolte des fruits et le fauchage de la prairie.

 

Enherbement de la vigne :

Cette méthode est utilisée pour couvrir le sol des rangs et le tour de la parcelle de vignes, de façon naturelle ou alors semé volontairement pour une durée temporaire ou non. Cette technique est réalisée dans l’objectif de protéger le sol des adventices pour éviter l’utilisation des produits phytosanitaires. Le sol est donc en meilleure santé, il ne nécessite pas d’apport en engrais, car l’herbe en joue le rôle. La vigne en tire donc profit, et améliore ses rendements et surtout donne une meilleure qualité de raisin.

 

Semis directs sous couverture végétale :

Voici une technique souvent utilisée dans les pays tropicaux. Elle consiste à ne pas retourner la terre sur toute sa surface après une culture, mais seulement sur la ligne de semis. Le sol est donc recouvert dans le même but que l’enherbement de la vigne. On peut noter qu’il existe deux types de couverture végétale : la couverture permanente vivante (comme l’herbe) ou la couverture végétale morte (comme les résidus de culture). Cette méthode possède plusieurs avantages. Tout d’abord concernant l’eau, le sol garde l’humidité tout en diminuant le lessivage, la lixiviation (perte de nutriments végétaux hydrosolubles du sol, dissous et entraînés par les eaux d’infiltration à la suite de pluie ou d’irrigation) et l’érosion. On limite l’apport de produit phytosanitaire, car la couverture végétale agit comme un rideau face aux adventices et libère de la matière organique pour améliorer la croissance des cultures.

 

La lutte biologique par conservation et gestion des habitats :

Cette technique est retrouvée dans l’ensemble des cultures agroécologiques. Son objectif est de lutter contre les ravageurs en utilisant l’environnement afin de favoriser les auxiliaires (prédateurs ou parasites de ravageurs) ou alors de défavoriser les prédateurs des cultures. Cette lutte biologique est utilisée sur le long terme, permettant de reconstruire un agroécosystème qui se régule de manière autonome. Il y a alors deux approches possibles de régulation face aux ravageurs : une approche descendante (top down) effectuée par les auxiliaires et une approche ascendante (bottom up) effectuée par la plante. Dans le premier cas, il est donc important de veiller à la survie, la longévité et la fécondité des auxiliaires. Pour cela, différentes infrastructures agroécologiques existent, comme les haies, les bandes fleuries, ou les bandes enherbées qui servent de refuge aux auxiliaires et leur donne accès à la nourriture. Dans l’autre cas, il est nécessaire d’avoir une plante plus vigoureuse et robuste qui sera difficile à coloniser. Pour cela, on peut jouer sur la variabilité des espèces dans le temps et l’espace afin de limiter les attaques. Il est aussi important de limiter les apports de produits phytosanitaires qui peuvent perturber les auxiliaires.

 

  • Les difficultés et verrous

Chaque technique possède son lot de difficultés, car elles sont toutes différentes en fonction de l’environnement, du sol, des conditions climatiques, des animaux, des semences… Chaque paramètre est à prendre en compte pour l’agriculteur, en fonction des objectifs qu’il souhaite atteindre. Par exemple, pour l’association de cultures, il faut bien choisir son association en fonction des dates de semence et de récolte, mais aussi pour quelle finalité (destiné à alimenter le bétail ou vendu séparément ?). Dans ce cas, un tri s’imposera et la réflexion en amont de la culture est très importante pour effectuer ce tri en fonction du poids ou de la taille du grain. Même chose en agroforesterie, mais cette fois-ci cela concerne les fruits : les arbres fruitiers produisent le plus vers les 18 ans, il faut stopper le pâturage 2 -3 semaines avant la chute des fruits pour éviter les contaminations. Ou alors cela concerne le fourrage avec l’utilisation de l’herbe en fonction des animaux. Enfin, un des plus grands verrous de l’agroécologie est que le système agricole actuel n’est pas adapté à sa mise en place, car il est optimisé pour l’agriculture conventionnelle. Une réflexion est donc nécessaire sur le développement de ce système plus durable.

 

  • Similitudes avec d’autres méthodes de culture

L’agriculture biologique 

L’agroécologie dans son concept utilise les principes de l’agriculture biologique, car elle vise à préserver l’environnement, elle est autonome, et cherche à valoriser les ressources locales (humaines et naturelles).

Cependant, la certification bio est fonction des méthodes du producteur. En effet, celui-ci peut très bien adapter les techniques d’association de culture agroécologique aux méthodes de culture conventionnelle (utilisation de traitements phytochimiques), par conséquent la récolte ne sera pas certifiée bio.

 

La permaculture

L’agroécologie se concentre sur les interrelations ayant lieu sur l’espace de culture, tandis que la permaculture englobe les interrelations entre l’espace de culture, le lieu de vie et les êtres humains. En définissant plusieurs zones (principe du zoning), selon la fonction et la spécialité des emplacements, la permaculture va au-delà de l’agroécologie en prenant en compte tous les éléments présents sur le site : des différentes cultures aux installations humaines, durables et résilientes. La permaculture est par conséquent plus complexe que l’agroécologie, car les connaissances ne se cantonnent pas exclusivement à l’agronomie mais à tous les domaines (climat, énergies, bâtiments, sociologie, géomorphologie…).

 

L’hydroponie, la bioponie, l’aquaponie et l’aéroponie

Hydroponie, bioponie, aquaponie, aéroponie, aussi appelées « cultures hors-sol », se développent de plus en plus aujourd’hui. Il existe différentes méthodes en fonction des milieux de croissance et des objectifs souhaités par le producteur. Par exemple, la culture hydroponique et bioponique consistent à cultiver des plantes dans de l’eau. Les végétaux peuvent être placés directement dans l’eau ou alors dans un substrat qui fait office de support (gravier, fibre de coco, billes d’argile). Cependant, quant à l’utilisation de solutions nutritives, une différence est à noter entre l’hydroponie et la bioponie. La première utilise des engrais liquides (riches en azote, phosphore et potassium), ayant un impact négatif sur l’environnement car ils proviennent de ressources minières. Par conséquent, les productions hydroponiques ne sont pas certifiées Bio. En revanche, les fertilisants utilisés en bioponie sont d’origine organiques et biologiques (déchets d’animaux, purins de végétaux, thé de lombric). En outre, ils contiennent des microorganismes (bactéries, champignons) qui contribuent aux bonnes conditions de culture. Les productions bioponiques peuvent donc être certifiées Bio.

En ce qui concerne l’aquaponie, elle forme un écosystème en associant l’aquaculture (élevage de poissons ou autres organismes aquatiques) à l’hydroponie. En effet, l’eau circule de manière fermée faisant un lien entre les différents systèmes. L’eau d’aquarium riche en éléments nutritifs (déjections transformées par les microorganismes) est acheminée jusqu’aux plantes, les nutriments nécessaires y sont filtrés, puis l’eau purifiée retourne à l’aquarium.

Enfin, l’aéroponie est une technique dérivant de l’hydroponie, elle consiste à saturer l’atmosphère des racines en humidité par brumisation de la solution nutritive. Cette méthode cherche à maximiser l’apport en oxygène pour améliorer le prélèvement de l’eau et des nutriments afin d’assurer une meilleure croissance.

Ces différentes techniques ne s’inscrivent pas à proprement parler dans la démarche de l’agroécologie puisque qu’elles se concentrent sur la production hors-sol et ne prennent pas en compte la symbiose des plantes. Cependant, ce type de culture s’approche de l’agroécologie par son respect environnemental : diminution de la consommation d’eau et d’apport en intrants, utilisation d’engrais organique et création d’un écosystème.

 

  • Conclusion

En vue de l’évolution actuelle de la population, mais aussi de l’impact anthropologique sur la biodiversité, l’agroécologie est une approche de plus en plus viable. Considérée comme un tout, elle concilie protection de l’environnement, valeurs humaines, tradition, partage et durabilité. De nombreux acteurs entrent en jeu pour développer les systèmes de demain, car pour le moment, plusieurs techniques existent mais elles ne sont pas optimisées et transposables pour tous les types de culture. En effet, il faut adapter les techniques aux cultures, à l’environnement, aux objectifs de l’agriculteur et au savoir-faire. Il y a donc une multitude de difficultés à surmonter, car le système actuel n’est pas en faveur de l’agroécologie mais plus en faveur de l’agriculture conventionnelle. Cependant, cette dernière arrive à son point culminant et n’est pas considérée comme durable. Il est donc important d’entamer une réflexion plus approfondie sur le sujet pour restaurer un système agricole efficace et conciliant avec la nature.

 

Retrouvez toutes les références bibliographiques en fin de newsletter.

 

Actualité

Changement climatique, pollution, agriculture intensive, pesticides… Voici les principaux facteurs auxquels les pollinisateurs sont actuellement confrontés, les menaçant dangereusement d’extinction. Il faut savoir que les pollinisateurs, tels que les abeilles, les bourdons, les papillons, les coléoptères, ou encore les oiseaux et les chauves-souris, jouent un rôle important dans la fertilisation des plantes. En quête de nectar, les pollinisateurs effectuent de nombreux voyages entre les fleurs, permettant le transport du pollen. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), plus de 75 % des récoltes alimentaires mondiale dépendent de la pollinisation. Par exemple, l’extinction des pollinisateurs aurait pour conséquence la fin de la culture du café, du cacao, de pommes, d’amandes ou de tomates. On estime une forte baisse de la diversité alimentaire si aucun effort n’est mis en œuvre pour la protection des abeilles.

Durant les dernières décennies, la diversité et le nombre de pollinisateurs ont grandement diminué. Une des principales causes parmi d’autres : l’activité humaine, avec l’utilisation massive de produits phytosanitaires, dont les insecticides en agriculture intensive. Mais il y a aussi les maladies et les prédateurs, avec la recrudescence du frelon asiatique (Vespa velutina), la faible disponibilité de la nourriture (jardins nus ou pauvres en fleurs, tontes régulières du gazon), ou encore le changement climatique qui perturbe les saisons et les périodes de floraison.

Les pratiques agricoles durables, comme l’agroécologie, qui n’utilisent pas de pesticides et favorisent les interactions écosystémiques, sont mises en avant pour aider à la sauvegarde des pollinisateurs. En parallèle, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé, la FAO a développé un Code international de conduite pour la gestion des pesticides visant à cadrer et limiter l’utilisation des pesticides.

Sources :

http://www.fao.org/news/story/fr/item/1132359/icode/

http://www.efsa.europa.eu/en/topics/topic/bee-health

 

Que sont les projets alimentaires territoriaux ?

Les projets alimentaires territoriaux (PAT) sont des projets alimentaires « élaborés de manière concertée avec l’ensemble des acteurs d’un territoire et répondant à l’objectif de structuration de l’économie agricole et de mise en œuvre d’un système alimentaire territorial. Ils participent à la consolidation de filières territorialisées et au développement de la consommation de produits issus de circuits courts, en particulier relevant de la production biologique »*.

On distingue six domaines pouvant être intégrés dans une politique alimentaire territoriale : l’économie alimentaire, la nutrition-santé, l’accessibilité sociale, la culture et l’identité gastronomique, l’environnement, l’urbanisme et l’aménagement. Mais les principaux champs sont l’économie (production agricole et filières alimentaires locales), l’environnement (réduction de l’impact environnemental alimentaire, de la production à la consommation) et le social (accessibilité, aides, éducation alimentaire).

Peuvent participer à un projet : les agriculteurs et producteurs, les collectivités territoriales, services de l’État, banques, les organismes de développement et de recherche, les entreprises et coopératives de distribution et de commercialisation, les acteurs de l’économie sociale et solidaire (Associations, coopératives) et les industries agroalimentaires.

Les projets peuvent êtres autofinancés ou subventionnés à l’aide de fond publique (FEADER, FEDER, FSE, FEAMP, PNNS, PNA …) ou de fonds privé.

* Loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, article 39, disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2014/10/13/AGRX1324417L/jo#JORFARTI000029573485 (consulté le 09/05/2018)

Sources :

http://rnpat.fr/wp-content/uploads/2018/03/rnpat11-finpatrapport-2018.pdf

http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/1411_al_projalimterr_cle0d96a5_0.pdf

bibliographie

Newsletter n°7 – Quelle alimentation dans les villes de demain ?

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Quelle alimentation dans les villes de demain?

Alors que la planète est aujourd’hui plus urbaine que rurale, on estime qu’à l’horizon 2050 environ 70% de la population mondiale résidera en ville. Cette urbanisation croissante a des répercussions sur nos systèmes alimentaires. Afin de continuer à nourrir la population et d’assurer la durabilité de notre système, des politiques alternatives émergent, portées par les collectivités locales urbaines (Brand et al, 2017). Dans le cadre des Journées Francophones de Nutrition 2016, le socio-économiste Nicolas Bricas (CIRAD) a souligné que si les villes sont sources de problèmes, elles sont aussi sources de solutions, et contribuent à l’évolution de notre modèle alimentaire.

  • Évolution démographique et urbanisation

La révolution agricole des 19 et 20èmes siècles a permis aux pays développés d’accéder à un certain niveau d’urbanisation. Grâce à l’augmentation de la productivité et des rendements agricoles, il a dès lors été possible de nourrir une population qui ne cultivait plus. Un agriculture américain est à présent capable de nourrir 142 personnes, contre moins de 5 personnes pour un agriculteur asiatique. Avec une extraordinaire efficacité, nos systèmes de production agricole permettent aujourd’hui de dégager suffisamment d’excédents alimentaires, aussi bien pour les populations rurales qu’urbaines. Néanmoins, cette urbanisation n’est pas sans poser de problèmes puisque les villes doivent aujourd’hui faire face à un certain nombre de difficultés. Par ailleurs, on observe une urbanisation massive dans les pays en voie de développement, à la fois rapide et récente. Malheureusement, ces villes s’urbanisent 2 à 3 fois plus vite que dans les pays développés, avec des infrastructures et des budgets 100 fois moindres. Il devient donc essentiel de les accompagner.

  • Défis et enjeux alimentaires de demain

Enjeux environnementaux

Notre urbanisation a été rendue possible grâce à l’utilisation d’énergies fossiles comme le charbon ou le pétrole, ou par l’utilisation d’engrais industriels avec la découverte des mines de phosphates et du procédé d’Haber- Bosch, permettant la fixation de l’azote atmosphérique. Bien que l’utilisation de ressources non renouvelables nous ait permis d’augmenter considérablement nos rendements agricoles, une profonde empreinte environnementale est aujourd’hui observée. On constate d’ores et déjà un épuisement rapide de nos ressources, et nous ne bouclons plus les cycles biogéochimiques (Brand et al, 2017). Au-delà de la surconsommation des ressources minières, l’urbanisation aboutit à la surexploitation des ressources halieutiques et à la perte de la biodiversité. Elle engendre aussi l’épuisement des ressources en eau potable, et la saturation de l’environnement en polluants. Les villes sont ainsi responsables de 70% des émissions totales de gaz à effet de serre, alors qu’elles n’occupent que 2% de la superficie terrestre. Le système alimentaire représente quant à lui entre 19 et 29% des émissions (Vermeulen et al, 2012). Il faut ajouter à cela l’acidification des sols et des océans, ainsi que les pollutions azotées ou chimiques, tels que les pesticides. En revanche, on constate que les sous-produits urbains sont peu recyclés, et le phosphore peu valorisé. Alors que le changement climatique est un enjeu crucial du 21ème siècle, revoir nos modes de production semble donc inévitable, avec un réel défi énergétique (Brand et al, 2017).

Enjeux nutritionnels et de santé

Notre système de production est aussi responsable d’un certain nombre de pathologies nutritionnelles telles que le surpoids ou l’obésité, liées à la surconsommation de produits gras, sucrés et salés, et à une moindre dépense énergétique. Néanmoins, la montée du surpoids continue de coexister avec des situations d’insuffisance pondérale et de carences en micronutriments. Cela complique la mise en place de politiques, devant gérer à la fois des situations de déficits et d’excès, avec de plus en plus d’inégalités. Des différences existent parfois même au sein d’une famille, ou même d’un individu obèse mais présentant des carences en certains micronutriments (Brand et al, 2017). L’insécurité sanitaire est l’un des problèmes majeurs de l’urbanisation, en particulier dans les pays en développement rapide ayant de faibles revenus.

Enjeux sociaux

Ensuite, il est intéressant de s’interroger sur les conséquences de la globalisation des échanges sur l’uniformatisation de l’alimentation. Ainsi, au fur et à mesure de leur développement, tous les pays convergent vers un même modèle de consommation où la part des glucides diminue, alors que la part des lipides et des produits animaux augmente. Le professeur Barry Popkin a été le premier à décrire cette transition nutritionnelle (Popkin, 1993). Néanmoins, au-delà de cette convergence règne une très grande diversité de situations, où chaque société a sa propre façon de manger et de cuisiner. L’aspect culturel joue un rôle important dans les changements alimentaires, tout comme l’aspect économique. Malgré une forte augmentation du pouvoir d’achat en Inde, on constate ainsi que la consommation de viande n’a que peu augmenté, voire a diminué dans les hautes classes sociales. On se rend compte qu’il n’existe aucune uniformisation à l’échelle planétaire, que ce soit pour la consommation de produits de base, l’innovation culinaire, ou l’organisation de l’alimentation.

D’autre part, les villes rassemblent de grandes poches de pauvreté, sources de tensions sociales et de fortes préoccupations politiques. Certaines populations urbaines vulnérables font face à la flambée des prix sur les marchés internationaux et sont confrontées à une crise de l’emploi, en particulier chez les jeunes. Combler les besoins nutritif et fournir suffisamment d’emplois est un véritable challenge pour les systèmes de production alimentaire. Bien que l’agroalimentaire soit le principal secteur de création d’emploi, ce secteur s’industrialise rapidement. Les inégalités, le développement de déserts alimentaires ou de marchés spécialisés dédiés aux pauvres sont autant d’éléments d’inquiétude. Si le consommateur perd confiance aujourd’hui dans son alimentation, c’est avant tout parce qu’il s’en sent distancé de différentes façon : on parle alors de distanciation multiforme.

  1. Distanciation géographique : devenues trop importantes, les villes ne sont plus capables de se nourrir localement aujourd’hui. Au-delà d’une alimentation locale, elles ont recours à des agricultures plus lointaines, en partie grâce à la baisse des coûts de transport.
  2. Distanciation économique : le consommateur voit apparaitre un nombre considérable d’intermédiaires entre le producteur et lui, associé à un manque d’information sur la transformation du produit, et à ce qui se passe au sein des industries.
  3. Distanciation cognitive : la population devenant majoritairement urbaine, les médias et la science représentent les seuls supports d’informations pour la connaissance du monde agricole, en particulier auprès du jeune public.
  4. Distanciation politique : le consommateur éprouve le sentiment de ne plus maitriser son système alimentaire, dans les mains de grandes entreprises (Brand et al, 2017).

En définitive, le consommateur est perdu dans un contexte où l’on pousse chacun à adopter une alimentation individuelle, et à se responsabiliser au maximum. Il doit apprendre à reconnaitre ce qui est bon pour lui, en fonction de son âge ou de son activité physique, et se doit d’être bien informé des problèmes nutritionnels et environnementaux. Il se retrouve ainsi entouré de nombreuses informations, aux discours parfois divergents. Claude Fischler, sociologue de l’alimentation, parle de gastro-anomie. À l’heure de l’ère numérique, les consommateurs se retrouvent submergés par un nombre incalculable d’informations autour de leur alimentation, ne faisant qu’accroitre leur confusion. On parle aussi de « cacophonie alimentaire ». (Berrier, 2013-2014). Cela se traduit par des consommateurs perdus, faisant appel à un certain nombre de prescripteurs, en particulier sur internet, avec une perte de confiance envers les scientifiques. Sur les réseaux sociaux, des bulles cognitives font leur apparition, où le nombre de « likes » sous-entend que l’information devient vérité.

On voit par ailleurs apparaitre une tendance à l’oligopolisation. Quelques sociétés leaders contrôlent la majorité des marchés, tels que celui des semences, des engrais ou des pesticides (Rastoin, 2009). Ces grands groupes possèdent des moyens de recherche ou de publicité importants, et ont un poids considérable pour orienter divers débats internationaux. Vis-à-vis d’un nombre inestimable de petites entreprises, leur influence est disproportionnée.

Vers quoi le consommateur se tourne-t-il ?

Tout ceci explique l’anxiété croissance des consommateurs vis-à-vis de leurs systèmes alimentaires, malgré une amélioration de notre alimentation, en termes de qualité sanitaire et gustative. Cette crise de confiance généralisée s’accompagne d’hyper-réactions, parfois peu raisonnables. Les consommateurs souhaitent reprendre le contrôle de leur alimentation (Bricas et al, 2013). Ils sont à la recherche de nouvelles proximités, avec un engouement pour les jardins partagés, l’autoproduction, et la relocalisation de leur alimentation (Brand et al, 2017).

  • Les villes sources de solutions

L’objectif et l’enjeu majeur des grandes agglomérations est de permettre l’accès à une alimentation durable, saine et en quantité suffisante. En réaction aux problèmes évoqués, les villes génèrent des solutions et tentent de construire de nouvelles politiques alimentaires, en disposant d’un certain nombre de leviers. La préservation du foncier agricole, l’utilisation de produits locaux en restauration collective, ou l’urbanisme commercial en sont des exemples (Brand et al, 2017). Il faut réinventer nos systèmes de productions agricoles, tout comme il est nécessaire de modifier nos systèmes de consommation. Au-delà d’éduquer et de sensibiliser les consommateurs, améliorer notre environnement est primordial pour faciliter les changements de comportements alimentaires. Il faut reconfigurer les villes et limiter les déserts alimentaires. Il faut également faire évoluer les normes sociales et réinventer les relations entre les zones rurales et urbaines. Afin de garantir un approvisionnement alimentaire de qualité, il est nécessaire d’accompagner les agriculteurs, tout comme il est important de promouvoir le développement rural, et le maintien des jeunes dans ces milieux. De nouvelles formes de gouvernances plus participatives sont aussi à améliorer. Des associations apparaissent progressivement, qu’il faut prendre en compte, écouter, et accompagner. Des coopérations entre associations et institutions publiques se mettent en place, et des conseils politiques alimentaires élaborent des recommandations pour l’ensemble des populations.

  • Conclusion

Les systèmes qui ont permis à nos populations d’évoluer et de s’urbaniser rapidement sont aujourd’hui dépassés. Trouver de nouvelles solutions pour couvrir l’ensemble des besoins à venir est par conséquent devenu urgent. Bien qu’elles concentrent de nombreux problèmes, les villes génèrent aussi des solutions. Elles représentent un espace d’échanges, ainsi qu’un concentré de populations et de ressources. Par leurs actions, les villes deviennent un véritable acteur politique à part entière. Certaines d’entre elles se sont réunies en octobre 2015 dans le cadre de l’exposition universelle de Milan. Cela a permis d’aboutir à un pacte international « Milan Urban Food Policy Pact », en faveur d’une alimentation plus durable, et de politiques alimentaires plus adaptées.

Ce qu’il faut retenir?

Dans une démarche prospective, Nicolas Bricas nous invite à prendre conscience du monde qui nous entoure. Portés par l’industrie agroalimentaire, nos systèmes alimentaires ne sont aujourd’hui plus durables. Nous sommes confrontés à un certain nombre de limites, non seulement par l’utilisation de nos ressources, mais encore par l’émergence d’inégalités, de distanciations, ou de nouvelles pathologies nutritionnelles. Bien qu’il soit difficile d’imaginer les évolutions à venir, de nouvelles politiques alimentaires urbaines, plus participatives, voient le jour. Par leurs initiatives, les villes deviennent ainsi de plus en plus puissantes.

Retrouvez toutes les références bibliographiques en fin de newsletter.

Actualité

  • Limiter le gaspillage alimentaire à la maison

Alors que la population devrait atteindre 9 milliards d’individus en 2050, la famine est plus que jamais au cœur des débats de la FAO. Toutefois, près d’un tiers des aliments produits dans le monde est aujourd’hui gaspillé, avec 90 millions de tonnes de nourritures jetées chaque année par l’Union européenne. Des conséquences en termes de gaz à effet de serre, de consommation d’eau et de pollution des sols se font également percevoir, avec une profonde empreinte écologique.

Le gaspillage alimentaire provient de l’ensemble de la chaîne alimentaire et se fait à tous les niveaux, de la production à la distribution. On constate de ce fait que 40% de la nourriture des supermarchés européens est jetée. Ajuster nos modes de conservation ou d’emballage semble donc primordial pour réduire nos pertes alimentaires. Néanmoins, 60% des déchets alimentaires sont produits à la maison, entre autres par des portions excessives ou par des dépassements des dates limites de consommation. Ainsi, ce sont surtout les consommateurs finaux qui doivent faire évoluer leurs comportements d’achats et de gestion des stocks. Nous devons apprendre à limiter nos pertes en achetant seulement ce dont nous avons réellement besoin, et en ajustant davantage nos repas quotidiens.

Sources :

Barilla Center for Food & Nutrition. Who wastes the most ? https://www.barillacfn.com/en/magazine/food-and-sustainability/who-wastes-the-most-1/

Barilla Center for Food & Nutrition. The importance of education in preventing food waste. https://www.barillacfn.com/en/magazine/food-and-sustainability/the-importance-of-education-in-preventing-food-waste/

  • Mondialisation des systèmes alimentaires

La mondialisation des systèmes alimentaires favorise l’uniformisation des consommations et des pratiques culinaires, tout comme elle permet la diversification des cultures. C’est ce que révèle le Centre d’Études et de Prospective du ministère de l’Agriculture en mars 2017. Au terme d’une analyse, le CEP a révélé les conséquences que pouvait avoir la mondialisation sur nos systèmes alimentaires. Des défis mondiaux et des enjeux nutritionnels voient d’ores et déjà le jour. On s’aperçoit que le commerce international, dont nous somme de plus en plus dépendants, ne cesse de progresser puisqu’il a été multiplié par 7 en 50 ans. En outre, une multiplication des flux et une diversification des produits échangés est aussi constaté. De même, cette note prospective rapporte que l’innovation est au cœur de la mondialisation. Nos modes de consommation sont modifiés par l’accès à internet, la publicité, ou par l’utilisation d’algorithmes pouvant retracer nos navigations. Par ailleurs, il apparaît une prise de conscience planétaire d’enjeux tels que l’érosion de la biodiversité ou de l’épuisement des ressources naturelles. La mondialisation entraine cependant des risques systémiques comme la hausse des prix. Paradoxalement donc, des critiques et des contre-réactions à l’encontre de la mondialisation apparaissent, avec un enthousiasme accru pour les circuits de proximité de la part des consommateurs. La multiplication des acteurs en faveur de la question alimentaire, des institutions, des grandes firmes, des collectivités ou des métropoles, est également source de tensions. Enfin, cette analyse dénonce un multilatéralisme en crise, et une gouvernance de plus en plus fragilisée.

Source :

Centre d’Études et de Prospective. Analyse n°100. Mars 2017. http://agriculture.gouv.fr

bibliographie

  • Berrier Hélène. Alimentation 2.0. Mémoire de première année. Master Alimentation, parcours Sciences Sociales Appliquées à l’Alimentation. Toulouse : Université de Toulouse II – le Mirail, 2013-2014, 109 pages.
  • Brand C, Bricas N, Conaré D, Daviron B, Debru J, Michel L, Soulard CT. Construire des politiques alimentaires urbaines: concepts et démarches. Versailles: édition Quae (Update Sciences and Technologies), 158 pages. (Mars 2017).
  • Bricas Nicolas. Quelle alimentation dans les villes de demain? Présenté aux Journées Francophones de Nutrition, Montpellier, FRA (Décembre 2016).
  • Bricas N, Lamine C, Casabianca F. Agricultures et alimentations : des relations repenser ? Natures Sciences Société, volume 21, numéro 1, pages 66-70 (2013).
  • Esnouf C, Bricas N, avec les contributions de Champenois A et Russel M. De nouveaux enjeux pour les systèmes alimentaires. In : Esnouf C, et al., Pour une alimentation durable. Édition Quae (Matière à débattre et décider), pages 15 à 36. (2011).
  • Fischler Claude. Gastro-nomie et gastro-anomie. In : Communications, volume 31, numéro 1, pages 189-210. (1979). http://www.persee.fr/docAsPDF/comm_0588-8018_1979_num_31_1_1477.pdf
  • Popkin Barry Michael. Nutritional patterns and transitions. Population and Development Review, volume 19, numéro 1, pages 138-157. (1993).
  • Rastoin Jean-Louis. Éditorial, Prospective alimentaire. In : Économies et Sociétés, série Systèmes agroalimentaires, AG, numéro 31, pages 1723-1732. (2009).
  • Vermeulen SJ, Campbell BM, Ingram JS. Climate change and food systems. Annual Review of Environment and Resources, volume 37, pages 195-222. (2012)